Le tic-tac des horloges et le régulateur du château

Pour Charles Antoine et Constance de Vibraye, propriétaires du château de Cheverny, ce qui fait qu’un château est vivant c’est, d’une part, le tic-tac des horloges et, d’autre part, les fleurs que l’on y trouve. 

Pour ce qui est des fleurs, elles sont renouvelées régulièrement par la maîtresse de maison et pour ce qui est des horloges et autres cartels, il en existe une vingtaine à Cheverny, en accord avec le classicisme du château (particularité de Cheverny par rapport aux châteaux de la Renaissance). 
L’apparition des horloges dans les châteaux et, plus généralement chez les particuliers, date du milieu du 17e siècle et est liée à l’apparition de nouvelles technologies (voir ci-après). Au 18e siècle arrivent les meilleurs horlogers de France et, sous le règne de Louis XIV, il est de bon ton, quand on a les moyens, de posséder une horloge ou une pendule. Le raffinement de son décor et sa précision indiquent la richesse de son propriétaire. 



À cet égard, vous pouvez admirer à Cheverny un régulateur d’époque Louis XV toujours en état de marche (Il marque les heures, les minutes, les secondes ainsi que le jour, la date et les phases de la lune). Il s’agit d’un meuble exceptionnel : le bois est estampillé Antoine Foullet, célèbre maître ébéniste. Il est orné de bronzes ciselés par le sculpteur Jean-Jacques Caffiéri (membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture) et le mécanisme est signé Lepaute, horloger du roi. 



Historique 
Les premières horloges mécaniques datent du début du 14e siècle en Europe. Elles étaient destinées à donner l’heure aux gens d’église et il s’agissait essentiellement d’horloges d’édifices qui avaient un volume de plusieurs mètres cubes. Elles étaient installées principalement dans les monastères et les beffrois des villes. Elles comportaient une seule aiguille, marchaient seulement six heures par la descente d’un poids moteur et étaient d’un fonctionnement et d’une exactitude plutôt capricieux (un décalage d’une heure par jour n’était pas rare). 
C’est en 1657 que l’horlogerie évoluera significativement lorsqu’un hollandais, Christian Huyens réalisa la première application pratique de la découverte de Galilée (fin du 16e siècle) concernant les lois du pendule (isochronisme des oscillations pendulaires). L’ancien mouvement (appelé foliot) des horloges n’avait pas de période propre et la fréquence d’oscillation était trop soumise aux frottements, alors que le pendule a une période indépendante. Le balancier était né et le mécanisme, doté d’un nouveau système « d’échappement à ancre », permettait, dans la seconde moitié du 18e siècle, de fabriquer des régulateurs dont la précision atteignait la seconde par jour. 

Le régulateur 
Le terme régulateur (ou garde temps) était utilisé pour désigner une horloge de référence, pour régler ou mettre à l’heure d’autres horloges ou pendules. Il était en effet difficile à l’époque de régler une pendule à l’aide d’un cadran solaire. À part l’horloge de marine, dont le prix était bien plus élevé, il était ce que l’on savait faire de plus précis (horloges de parquet avec un balancier battant la seconde, oscillation de deux secondes - schéma de principe visible ici). Les régulateurs se trouvaient chez les horlogers et dans les grandes maisons aristocratiques ou bourgeoises et, dans ce dernier cas, elles étaient richement décorées et habillées par des ébénistes, comme l’exemplaire de Cheverny.

Le Héron - La Grenouille n° 21 - Octobre 2013