Le bélier du château de Cheverny

Connaissez vous la date à laquelle l’eau courante a été installée au Château de Cheverny et par quel procédé ? 
Relever l’eau dans les bâtiments et les étages, un vrai casse tête lorsque l’on ne disposait pas de l’électricité (pompes) et des réseaux d’adduction d’eau qui se sont généralisés en Europe seulement après la seconde guerre mondiale. 

Le bélier du château de Cheverny
C’est pourtant dès 1772 que le principe du bélier hydraulique (consistant a récupérer l’énergie provenant de la surpression crée lorsque le débit d’un liquide est brutalement interrompu) aurait été découvert par un horloger anglais nommé Witehurst. Cette idée fut reprise par l’un des frères Montgolfier, Joseph, qui mit au point en 1792 un bélier entièrement automatique. C’est ensuite au milieu du 19ème siècle qu’Ernest-Sylvain Bollée développe le système élaboré par Joseph de Montgolfier, système qui devient opérationnel en 1865. 
Le principe : nous avons tous pu constater que lorsque l’on ferme brusquement un robinet d’eau, une onde de choc dans la tuyauterie provoque ce que l’on nomme un “coup de bélier” : en s’écoulant dans une conduite, l’eau prend de la vitesse et la fermeture du robinet freine brutalement le liquide. Dans cette configuration, l’énergie cinétique du fluide en mouvement est absorbée par la canalisation (d’où le “choc” ressenti). Le bélier hydraulique utilise donc l’énergie portée par cette onde de choc pour remonter une partie de l’eau provenant d’une source, voire d’une rivière, qui est alors transportée par le bélier vers un réservoir placé à une hauteur supérieure, permettant ainsi une distribution par gravité (schéma 1 ci-dessus). 

Le cycle de fonctionnement du bélier est le suivant (schéma 2) :  
  • 1 - Lorsque le courant provoqué par une dénivellation (1 mètre suffit) qui amène l’eau est assez fort, le clapet A se ferme brusquement, provoquant une onde de choc. 
  • 2 - Sous l’effet de l’onde de choc, le clapet B s’ouvre et laisse entrer de l’eau dans la cloche en y comprimant l’air qui s’y trouve. 3
  • 3 - L’air de la cloche se détend et, sous la pression, le clapet B se referme en même temps que l’eau sous pression est envoyée vers le réservoir. Puis un nouveau cycle recommence. 
Ingénieux et rustique, le fonctionnement du bélier est donc assez simple. Il s’amorce tout seul et continue de fonctionner tant qu’il est alimenté (s’il est très peu utilisé de nos jours, il est encore fabriqué et a peut-être de beaux jours devant lui – écologie oblige). 

Le bélier de Cheverny se trouve près de la rivière, au fond du parc, dans la partie que l’on peut visiter. Il n’alimente pas directement le château mais un grand réservoir se trouvant dans la cour des communs et il servait essentiellement à satisfaire les besoins en eau (très importants, compte tenu de la taille du réservoir) des services annexes – écuries, chenil, etc.). 

Charles Antoine de Vibraye
devant le bélier
L’eau potable, elle, a été amenée au château à partir d’un puits indépendant et d’une station de pompage, avant la construction du réseau public d’adduction d’eau. À noter que dans certaines configurations, (présence d’une source simultanément avec une rivière ou un ruisseau) l’eau potable pouvait aussi être distribuée par un double bélier, ce qui n’est pas le cas à Cheverny. 

Selon monsieur de Vibraye, le bélier est presque en ordre de marche, seules une ou deux pièces manquantes ou défaillantes à remplacer ou réparer, et il n’est pas exclu qu’il soit remis un jour en état. 




Autre précision : le bélier du château de Cheverny a été installé en 1858

Voir aussi : http://www.archivingindustry.com/Eolienne/belier_fr.htm

Le Héron - La Grenouille n°6 - Janvier 2010